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"Profites-en, ça passe trop vite !"

Cette phrase résonne dans mon cerveau tel un bruit sourd. Elle me martèle le crâne dans un rythme cadencé. Je bascule d’avant en arrière. Profites-en… profites-en… profites-en…


Mais putain oui, j’en profite de toutes ces nuits sans sommeil, de ces couchers interminables qui se répètent et se répètent. Je n’en manque pas un seul. Je suis là coûte que coûte à les accompagner dans leur sommeil. Je les prends dans les bras, les console, les écoute, les embrasse et les étreint… De tout mon amour, de tout mon être. Mais quand l’un d’eux arrive à plonger, c’est l’autre qui émerge. Et là où je pensais trouver un moment de répit, me voici de nouveau à donner, donner, donner… Donner de ma présence, donner tout ce que j’ai… Et tu es là dans mes bras, et je pleure, seule. Je me balance d’avant en arrière, je souffle, je respire, je me dis « oui profite, cela ne durera pas ».


Crédit Photo Claire Huteau

A toutes ces personnes bien intentionnées, qui me le disent et me le répètent encore et encore, j’ai envie de vous dire combien j’aimerais entendre plutôt de votre part : « Ce sont des moments merveilleux mais as-tu besoin d’aide, de soutien ? Car je sais oh combien cela te demande aujourd’hui d’énergie. Moi aussi, je suis passée par là et derrière ton sourire qui me dit que tout va bien, je sais combien tes nuits peuvent te manquer, combien ta solitude peut te peser, combien ton abnégation guide tes pas. Et parce que je sais tout ça, repose-toi sur moi, pose ta tête sur mon épaule et pleure tout ce que tu as à pleurer, libère tous ces cris que tu n’as pas pu pousser, lâche prise… Et laisse moi pleurer avec toi, toutes ces larmes qui n’ont pu être exprimées car dans notre société ça ne se fait pas. »


Combien de temps encore laisserons-nous croire que devenir mère n’est que joie et bonheur ? Qui osera dire à de futurs parents qu’ils auront à affronter des tempêtes émotionnelles sans précédent, qu’ils se feront chahuter intensément dans leur être le plus intime, dans leurs blessures les plus profondes ? Pourquoi personne ne m’a dit tout ça ? Pourquoi dois-je le découvrir pas après pas ?


Si quelqu’un m’en avait parlé, bien sûr je n’aurais jamais été assez préparée, mais au moins j’aurais senti lorsque je me faisais submerger, que la vague ne ferait que passer et qu’à un moment, tout s’arrêterait. Comme pour l’accouchement, accompagner la vague et profiter pleinement des moments de paix qui flottent entre chacune d’elles.


Pourquoi personne ne m’a rien dit ? Peu importe. Aujourd’hui, je te le dis : « Profite pleinement de chaque moment de paix, de joie, de complicité, d’amour car c’est en ceux-ci que tu iras puiser lorsque la vague passera. Accompagne-là et tu retrouveras le rivage, accroche-toi, il n’est pas loin, sois en certaine ! »

© 2018 by Christelle Le Chat.