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Maïmouna

Mis à jour : 27 janv. 2019


Je me souviens de cette soirée...Il y a de cela maintenant près de 10 ans... Que le temps file !

Je me souviens de chaque rencontre faite, de chaque regard échangé...

Cette soirée marquait le passage à la nouvelle année. 2010 se terminait. Et je ne savais encore tout ce que l'année à venir me réservait. Je ne me doutais pas que d'avoir fait le choix d'un réveillon qui ait du sens pour moi allait transformer aussi profondément mon quotidien.


J'avais le souhait d'un passage sous le signe de la solidarité, ou peut être tout simplement empreint de profonde humanité. C'est ce que j'ai contacté ce soir-là : une intense connexion avec chaque personne présente, un relation au-delà des statuts, des personnalités ou des masques portés... Juste une profonde reliance avec ce qui fait de chacun de nous des êtres vivants. Et peut être même des êtres humains en devenir.




Et tu étais là, toi, Maïmouna.


"Je t'ai reconnue parmi toutes les personnes présentes.

Je savais que quelque chose de profond nous liait.

Je savais que ton histoire me parlerait.

Alors je me suis posée près de vous .


Vous ! Quatre belles femmes d'origine africaine. Quatre resplendissantes demoiselles ayant eu le temps d'élever enfants et petits-enfants.

Nous avons échangé quelques mots. De politesse tout d'abord.

Et tu m'as dit ton nom

Maïmouna


Et ce que je savais déjà a été mis en mots.

Le pays qui t'a vu naître est celui qui m'a vu grandir, devenir femme, devenir celle que je suis.


Maïmouna ! Ton pays, la Guinée, qui m'a tant apporté.

Et moi mon pays, la France, qui t'a tout juste accueillie !


"Mais non petite, la France m'a sauvée ! Sans elle, je ne serais plus là à te parler. Je remercie la France chaque jour que Dieu fait"


Tant d'humilité dans ta voix, tant de profondeur dans ton regard. Ce que tu viens de me dire, c'est ton coeur qui me l'a transmis.

J'entends ce que tu me dis et je le respecte. Ma tête a juste du mal à le concevoir. Et mon coeur encore plus !


Il y a douze ans de cela, tu as quitté ton pays. Tu as laissé ta famille, tes enfants derrière toi. Ton pays ne pouvait pas te sauver. Ta patrie ne pouvait pas te soigner. Il n'y avait qu'au Nord qu'on pouvait agir pour ta vie.


Mais déjà ça Maïmouna, je ne conçois pas !

Comment est-ce possible ? Comment répartit-on les chances ? Comment répartit-on la vie ?!

J'ai mal parfois quand j'y pense ! Alors souvent je n'y pense pas. Mais je pense à toi, ton sourire, tes mots, ta foi...


Douze ans que tu es là à te battre ! Te battre pour vivre ! Douze ans sans papiers ! A lutter pour la vie !

Tu ne sais pas où sont tes enfants. Ils ont quitté le village. Tu es sans nouvelles depuis. Sans nouvelles depuis douze ans.

Tu ne peux toujours pas rentrer car même douze ans après, les médicaments pour te soigner ne sont pas arrivés.

Combien de temps faudra-t-il encore ? Combien de temps encore laisserons-nous la moitié de la planète mourir du manque alors que nous engraissons dans cette société surconsommatrice de tout... de ces médicaments qui te manquent à toi Maïmouna. Ou de la nourriture qui manque à tes petits enfants pour grandir et apprendre.

J'ai mal.


Et tu me regardes, avec tout l'amour inconditionnel d'une mère pour sa fille.

Et ça me fait plus mal encore.

J'ai le coeur qui se serre.

Car la solution est là !

Dans ce regard !

Dans cet échange !

Dans ce partage !

Dans cet amour inconditionnel pour la vie !

Maïmouna, j'y crois ! Mais dis moi, toi, ... tu crois qu'on y arrivera ?!!"


Ce texte a presque dix ans et je pense encore à toi Maïmouna, tellement. Je me demande ce que tu es devenue. As-tu pu rentrer à la maison auprès des tiens ? As-tu retrouvé tes enfants ?


Combien de femmes sont encore aujourd'hui dans de telles situations ? Comment pouvons-nous nous relier les unes aux autres pour nous apporter entraide et soutien. C'est une voie qui me parle oh combien ! Agir pour que chaque soeur sur cette Terre ait les mêmes chances de s'épanouir en tant que femme.


Le chemin sera sans doute long mais comme me le répétaient des amis guinéens : "la route est longue mais c'est jusqu'au bout !" Alors continuons, pas après pas...



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