Rechercher

Et si j'osais...

Et si j’avais le courage de sortir de ces carcans bien trop étroits pour me réaliser en tant que femme et ainsi permettre à mes enfants de se révéler eux aussi… sans n’avoir rien à faire… aucun devoir… Juste oser être moi-même, vivre pour mes rêves. Juste…

Crédit Photo Claire Huteau

Mais que voudras-tu faire quand tu seras grande ? Question si importante pour les adultes construits dans ce monde. Et pourtant, si dénuée de sens pour l’enfant qui simplement est. Aujourd’hui, la petite fille en moi me hurle d’enfin écouter ce qu’elle me susurre depuis des années. Tiraillée entre les « je devrais » et les « je suis », je lâche le mental et descends dans mon cœur.


L’enfant que j’étais me rappelle à l’ordre et me remémore mon histoire, là d’où je viens, ce que je porte. Lorsqu’à l’époque, les espaces de plaisir et de détente m’étaient offerts, je plongeais des heures entières dans mon cahier à griffonner, écrire tout ce qui me passait par la tête sans que rien ne m’arrête. Je passais tous mes temps libres à pianoter sur les touches de ma machine à écrire. Rose comme les rêves qui m’élevaient. J’étais alors auteure, je choisissais mes mots avec précision pour transmettre mes émotions les plus profondes. Puis je devenais danseuse et répétais mes chorégraphies avec la même détermination que les plus grands professionnels, jusqu’à ce qu’elles soient parfaites… pour moi. Enfant, j’étais une artiste. Mais l’artiste se tut à mesure que l’éducation prit le dessus.


Et aujourd’hui, je me questionne… Éduquer… Mais quel est le sens de ce mot ? Qu’exprime-t-il ? Que porte-t-il ?


Étymologiquement, le mot « éducation » vient de deux sources distinctes : educare qui signifie nourrir, alimenter, donner, prendre soin, encourager et educere dont la signification est : révéler, acheminer vers, entourer, élever, instruire.

Aurait-on perdu l’essentiel ? Aurait-on oublié d’où nous venons comme nous nous éloignons avec l’éducation d’aujourd’hui de l’origine de ce mot ? Nous sommes nés du plaisir alors que l’éducation, pour beaucoup, est vécue sous forme de contraintes, d’obligations, de devoirs…


C’est ainsi que les « je dois » m’éloignèrent au fur et à mesure des plaisirs simples de mon existence et donc de mon être le plus profond, pour me rapprocher encore et toujours plus de ce que l’autre attendait de moi… Dans tout ce brouhaha, je finis par me perdre au milieu de toutes les sollicitations extérieures. Au fil du temps, disparut ma motivation endogène, ne sentant plus ce qui vibrait au plus profond de mes cellules. En réaction, se développa une motivation addictive puissante à la reconnaissance, au regard de l’autre, à l’appréciation qu’il a de moi…


Je continuais à écrire… pour avoir de bonnes notes, répondre aux propositions de l’enseignant… J’avais perdu mon essence. Sous-jacent, restait évidemment le plaisir d’écrire, mais il n’émanait désormais plus de moi. J’arrêtais de danser mais j’obtins tous les diplômes qui me permettaient d’avoir une bonne situation. Je connaissais par cœur tous les beaux concepts transmis durant tout ce temps mais mon cœur ne chantait plus.


Diplômée d’un cursus universitaire, mais pour la vie, quelles compétences avais-je acquises ?


On me l’avait promis, après toutes ces années d’études, je serais spécialiste en communication ! Mais comment a-t-on pu me mentir ainsi ? J’étais incapable de prendre la parole dans un groupe de deux personnes sans me juger et me disqualifier. Devant un auditoire plus grand, je rougissais à l’extrême, sentais mon cœur s’affoler et mes jambes manquer de me lâcher. Toutes ces années à étudier sans intégrer dans ma vie tout ce qu’on m’avait transmis. Dissociée entre mon mental et mon être, la fissure était grande. Pour réparer tout cela, il me fallait au moins un grand saut dans le vide. Je n’avais plus rien à perdre, tous mes rêves s’étaient enfuis, la dernière voie était de tenter de les rattraper. 6000 km sur la route pour me rapprocher de mon être, trois années passées en Guinée pour m’accompagner à renaître.


Depuis ce voyage, quinze années plus tard, je continue le chemin de la reconquête de mon être, je déconstruis tout ce qui m’a enfermée, je me « déscolarise l’esprit » au fur et à mesure de mes avancées et j’ose enfin… J’ose enfin juste vivre pour exister, à partir de ce qui résonne et me passionne. Je quitte petit à petit les devoirs et les « il faut » pour plus de plaisir et de joie.


Et aujourd’hui, je vois grandir mon fils. Il aura bientôt deux ans et attend son petit frère qui ne saurait tarder…


Et encore aujourd’hui, je me questionne… La non-éducation… Mais quel est le sens de ce mot ?


Cette fois, je ne prends plus le dictionnaire pour le savoir. Simplement je sens. Et si par la non-éducation, la non-scolarisation, je donnais la chance à mes fils de rester au plus près de leur intimité, au plus près de leur mission de vie, sans chercher à leur montrer le chemin mais comme un ange gardien qui chemine à leurs côtés, parfois main dans la main, parfois un peu plus loin. Je pourrais juste être là à m’émerveiller de les voir ainsi se révéler.

Alors je suis là, présente, je le regarde faire, le laisse expérimenter, je suis là quand il me le demande et m’éloigne quand son réservoir affectif est assez plein pour qu’il explore le monde à partir de ses envies, de ses désirs. Je l’observe apprendre par lui-même et je me réjouis de ne pas ressentir de « devoir de faire ». La non-éducation m’ouvre les portes de quelque chose de tellement grand.


Car oui, qui peut être plus grand éducateur que la vie elle-même ? À côté, je ne suis rien. Alors je prends une autre posture que j’affectionne particulièrement, celle de facilitatrice. Facilitatrice de vie ! Je suis là juste pour protéger la vie et la laisser faire son œuvre. Et pour accompagner mes fils, je n’ai plus qu’un devoir : celui de laisser la vie me traverser de toute sa magie pour qu’elle m’offre son plus beau nectar. Je m’y attelle.


Et c’est ainsi qu’aujourd’hui, pour moi, pour eux, pour vous, j’ose enfin. Et oui, j’écris !…

25 vues

© 2018 by Christelle Le Chat.